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"Henning von Berg es ses surhommes"
Mal connu en France, Henning von Berg est un photographe de nu masculin très en vogue hors de nos frontières. L’album "
UNIVERSAL" est une bonne occasion de découvrir son travail où l’homme apparaît souvent comme un surhomme…
Le personnage semble aussi mythique que ses
photos. Géant musculeux, dernier rejeton mâle d’une
famille d’aristocrates allemands, Henning von Berg aurait
pris ses premiers clichés de nu masculin à l’âge
de 12 ans. Il a travaillé pendant treize ans comme architecte
ingénieur avant d’entamer, en 1997, à l’âge
de 36 ans, une carrière internationale de photographe immédiatement
reconnu. Notamment grâce à une série de photos
d’athlètes posant nus dans la toute nouvelle coupole
de verre du Reichstag, pour montrer le virage vers la liberté
et la post-modernité de l’Allemagne de l’an
2000. Histoire de montrer peut-être également que
l’Allemagne des marioles de cabaret, comme celle des vert-de-gris
et des casques à pointes, c’était fini fini fini.
Ses collaborations dans des magazines, gay
ou non, se succèdent depuis. Tout le travail photographique
d’HvB tend à mettre en relation le corps humain,
et surtout le corps masculin, et son environnement. La
sensualité de ses modèles, toujours d’une
beauté implacable, classiqueà l’excès,
contraste avec la rugosité des décors naturels,
comme avec la rigueur des éléments d’architecture
ou de design qu’il choisit. C’est cette opposition
entre le corps et le décor qui semble intéresser HvB.
En observant ses photos, on comprend qu’il
décrit un monde idéal et futuriste, où une
frange de l’humanité, après une série
de cataclysmes dont elle porterait l’entière responsabilité,
aurait survécu. Ce monde est réduit à deux
ambiances contrastées. D’un côté, de
vastes espaces désertiques, fouettés par le vent,
où les surhommes rescapés viendraient célébrer
la mémoire de leurs Titans d’aïeuls. De l’autre,
peut-être le home-sweet-home de ces mêmes surhommes,
complètement standardisé, aussi impersonnel que
des chambres d’hôtel Marriott, où ils se reposent
vaillamment en s’adonnant à des caresses lascives,
jetant des œillades de pucelles devant des vits délicatement
bronzés.
Mais comme pour s’excuser de fantasmer
sur un futur humain à ce point suavement violent, HvB passe
ses images au filtre, leur imprimant un ton sépia ou cyan,
leurs contours déchirés comme s’il s’agissait
de clichés de siècles oubliés. Soit le passé
pour adoucir le futur, et le présent — notre présent
— aux oubliettes. Parfois surgissent dans une image couleur
quelques sculptures couleur chair sur un paysage
néo-tropical, comme un photomontage où seraient
superposés des images de nos susnommés surhommes
sur des clichés de dépliants touristiques pour voyagistes
gay californiens.
Cette sensation d’irréel est
sans doute apportée par l’incroyable précision
technique, le souci du détail et de la composition, hérité
d’un Jim French, qui caractérise les clichés
d’HvB. On a beau faire tous les efforts, on ne croit pas
une seconde à l’innocence du photographe. Et à
voir cette image de lui, nu sur le bord d’une piscine, le
téléobjectif ttbm à la place de la queue,
le sourire ravageur et sûr, presque arrogant, l’on
est convaincu que ce doux géant au regard presque triste
est un grand prédateur. Alors on bande.
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